Reconstruction suite à un non lieu.

Le verdict avait sonné. Après quatre longues années de doutes, de peines, de souffrance et de remémorations. Il avait sonné. Et mon cœur s’était brisé, déchiré au fond de ma poitrine. Ecroulée dans cette rue, bondée de touristes, ma vie venait de prendre un autre tournant ; celui de l’acceptation. Pas celui d’accepter le viol, mais d’accepter que ces hommes soient libres.

Le verdict avait sonné. Après quatre longues années de doutes, de peines, de souffrance et de remémorations. Il avait sonné. Et mon cœur s’était brisé, déchiré au fond de ma poitrine.

Ecroulée dans cette rue, bondée de touristes, ma vie venait de prendre un autre tournant ; celui de l’acceptation. Pas celui d’accepter le viol, mais d’accepter que ces hommes soient libres. Le premier n’a même pas été mis en porte-à- faux lorsque je criais à une complicité, le second lui était libre malgré une plainte pour viol, et un signalement d’attachements dans ses années collège. Les battements de mon cœur étaient tellement puissants que je pensais qu’ils allaient sortir de ma cage thoracique.

A mon comportement, ma mère avait compris que c’était la fin du combat. C’était la fin des quatre années à me battre pour que justice soit faite, puis surtout pour qu’il ne puisse plus faire subir ça à quiconque. Mon rêve était de le savoir enfermé, que sa liberté soit mise en péril. C’était ça mon rêve, mais il n’a jamais abouti.

J’ai parlé, j’ai pris mon courage. J’ai raconté mes souvenirs enfin le peu de souvenirs que j’avais après cette nuit-là. Mais rien n’y a fait. Malgré ma détermination à être honnête, sincère et juste.  Il était libre. Ce 17 septembre 2020 il était libre. Et moi je me suis enfermée à nouveau dans ce sentiment s’injustice. Il avait gagné, il avait tout gagné, et moi j’avais perdu. Tout perdu. Enfin je pensais que j’avais tout perdu, la jeune fille naïve et innocente que j’ai pu être dans ma jeunesse était loin derrière moi. Comme s’il ne s’agissait pas de moi-même, comme si le regard que je porte à cette jeune fille que j’étais était celui posé sur une inconnue, une autre personne. Ce n’était pas moi, enfin ce n’est plus moi.

Cet évènement, cet acte tragique comme pourraient le dire certaines personnes a fait de moi une nouvelle personne, plus forte, moins sensible. Dotée d’une grosse carapace, la facilité à tout garder pour moi et à ne jamais faire paraitre la totalité de mes émotions. Parfois ça me bouffe, mais ça fait la personne que je suis. Enfin, celle que je suis devenue.

Ce jour-là, Celui de mon procès en cour d’appel, mon deuxième appel lié à cette affaire, il n’était pas loin derrière moi, il était en haut sur un banc, j’étais en bas, aussi sur un banc, et je l’imaginais jubiler des conneries qui sortaient de la bouche du procureur général. Tous pensaient que j’avais trop bu, mais moi je le savais, je savais au fond de moi que ce n’était pas dû à l’alcool, je savais que j’avais été droguée. Il était impossible que je dise oui à ces actes atroces qui se sont passés cette nuit-là. Les douleurs que j’ai ressenties le lendemain et les jours qui ont suivi étaient très fortes , elles ne pouvaient en aucun cas être imaginaires. Je n’ai pas pu dire oui vu l’état dans lequel je me trouvais par sa faute.  J’ai eu des prélèvements pour prouver mes dires, mais l’échantillon et le prélèvement n’ont pas été faits de la bonne façon. Deux mois après le premier on m’appelle pour me dire de le refaire. Evidemment on ne pouvait plus rien en tirer. Peut-être qu’une preuve décisive de mon dossier aurait été trouvée, cette chose qui aurait peut-être fait que je gagne contre cette personne. Mais non, je me suis retrouvée avec un trou de chaque coté de ma chevelure, à attendre que mes cheveux repoussent pour tenter de passer à autre chose. Dans cette cour d’assise, j’étais tétanisée, je n’osais pas bouger, pas respirer. Mon souffle était coupé. Entendre la partie averse tenter de convaincre avec des énormités, me donnait envie de bondir d’un putain de bond, pour crier aux juges que j’étais une victime. Mais je ne pouvais rien dire, rien faire, donc j’écoutais sans parler en levant les yeux au ciel en écoutant la façon dont ils parlaient de moi, comme si je l’avais cherché, que j’avais trop bu et que je n’avais qu’à ne pas boire en boîte de nuit. J’étais en face d’eux et j’entendais tout ça sans pouvoir rien dire, sans pouvoir prouver mes dires, prouver que je n’étais pas une fille à trop boire en boîte ou dans ma vie en générale mais qu’il m’avait droguée dans le but de pouvoir me violer, mais ça personne ne l’a entendu et personne ne voulait l’entendre.

Cet homme a brisé mon cœur, mais lorsque je tentais de le reconsolider, en pensant avoir la justice avec moi, cette même justice a brisé une nouvelle fois mon cœur meurtri. Ce n’est pas après les six mois que j’ai fait en clinique psychiatrique qui m’ont fait aller mieux et oublier, car je ne peux pas oublier ça, je peux juste vivre avec. Dans cette clinique, j’ai compris que je devais faire comme si de rien n’était, je devais continuer à vivre comme tout le monde.                 Mais il est vrai que même presque cinq ans après le malheureux événement j’ai des blocages que je ne soupçonnais pas. La peur du regard des hommes, les cauchemars, la peur de marcher seule dans la rue, je me sens comme nue, seule et abandonnée. Comme ce soir-là. Lorsque je suis seule et que je dois me déplacer c’est un effort pour moi, je me sens vulnérable et nue dans cette foule de populations mais un jour ça sera derrière moi. Cependant, j’ai beaucoup évolué, j’ai enfin repris ma vie en main, et je peux enfin affirmer que le sourire que j’ai sur le visage est vrai et sincère. Qu’il n’est pas celui que j’ai eu pendant quatre ans en disant aller bien.

Au travail, parfois mes patrons pensaient que je faisais trop la fête car j’avais toujours les yeux rouges, et gonflés. Eux pensaient que c’était la fatigue liée à des soirées festives. Mais je ne pouvais pas leur dire que c’était en réalité une nuit à verser des torrents de larmes à la suite de cauchemars atroces dans lesquels parfois je revivais comme le début de l’événement, ou un viol, un autre. Donc comment vous dire que parfois oui le matin j’étais épuisée, à bout de forces et tétanisée. Mais j’étais juste triste et dépressive. Ce sont des choses qui arrivent.

Je m’étais perdue en enfer à me mettre en danger, à tomber dans les drogues, l’alcool, et les conduites à risques. Je ne pouvais plus me contrôler, je ne savais plus quoi faire et le pire dans tout ça c’est que je me sentais mieux, je me sentais être une meilleure personne. Mais en y repensant j’ai tellement honte. Cette descente aux enfers est maintenant pour moi une terrible honte. J’aimerais ne plus m’en souvenir. Ce n’étais pas moi, enfin c’était mon moi détruit, démoli.

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